L'été s’achève, encore une saison. Je perçois, dans ma substance et dans mon être, un changement qui s’opère doucement. Je dors mal, chaque nuit le sommeil s’enfuit, je pense à la lune, aux marées,au ressac, il y a là un va-et-vient incessant et inconfortable.
Un matin, une évidence m’apparait, soudaine et brutale : je me sens vieillir. J’ai 45 ans, et dans cet espace-temps qui est le nôtre, tout s’évapore et s’accélère. Mes proches, la vie quotidienne ainsi que la société me rappellent ce fait depuis quelques années déjà.
Une forme d’inertie m’envahit, qui s’oppose à ce tumulte incessant. Je ressens indéniablement dans mon corps un entre-deux, un décalage, et parfois une forme d’errance. J’observe le monde autour, j’enquête et me souviens.
Dans cette brume, des visions m’assaillent : il est question de féminité, de désirabilité, puis de transparence et d’invisibilité. Il y a une faille, un effet-miroir avec le passé, source de confusion avec le présent et ma propre intimité. La réalité pour moi demeure fuyante.
Avec cela, sommes-nous (toutes) condamnées à disparaître ?
« Ici nos corps disparaissent » est une série de photographies dont la prise de vue s’est déroulée sur cinq années, entre 2020 et 2025. Cette série prend la forme d’un document intime et introspectif, dont la narration cherche à explorer le trouble ressenti en tant que femme après 40 ans : période une transition, de renversement, avec un changement de statut sociétal qui peut s’apparenter à une métamorphose identitaire.
J’ai cherché à travers ce corpus à interroger ce constat.